Une grande partie de ce qui se passe récemment dans la géographie kurde découle de la structure passive et fragmentée des Kurdes. À cela s'ajoutent leur maintien dans l'ignorance, leur éloignement de leur propre histoire ainsi que le fait qu'ils soient condamnés, sur les territoires où ils vivent, à une existence sans langue, sans culture, dans la pauvreté et presque comme des esclaves. Tout cela fait partie des causes fondamentales de la situation actuelle.
Bien entendu, les pressions exercées sur les Kurdes depuis des siècles par les États colonialistes et les jeux menés contre eux constituent également une partie importante de ce tableau. À cela s'ajoute une autre réalité : la présence, au sein des Kurdes, de centaines de traîtres qui paraissent kurdes, mais qui, sous l'apparence de dirigeants, servent les États colonialistes et leurs objectifs.
Il est particulièrement frappant de constater que, dans la guerre menée contre l'Iran, les Kurdes sont restés totalement passifs et n'ont pris aucune initiative malgré les possibilités mises à leur disposition par l'Amérique. Au contraire, bien qu'ils soient bombardés par l'Iran, ils continuent de rester aux côtés de l'Iran ; alors que l'administration du Rojava est démantelée par les bandes de Daech et que les structures kurdes leur sont retirées les unes après les autres, ils restent silencieux ; au lieu de s'unir entre eux et d'agir par eux-mêmes, ils attendent constamment leur salut du monde extérieur ; afin de ne pas apparaître aux côtés d'Israël, ils se rapprochent de l'État turc meurtrier ; tandis que le PKK et ses dirigeants manifestent soudain le désir de se transformer en communes ne réclamant plus rien du Kurdistan, pour lequel ils affirment pourtant avoir sacrifié des milliers de martyrs. Tout cela a conduit les Kurdes à être aujourd'hui une nouvelle fois divisés par leurs colonisateurs.
Aujourd'hui, l'autorité centrale du gouvernement irakien a été en grande partie rétablie et les forces américaines se sont retirées de la région sans laisser même un seul caillou au Kurdistan. À mes yeux, ce retrait ne signifie rien d'autre que remettre les Kurdes entre les mains de l'administration irakienne. Toutefois, je ne pense absolument pas que les États-Unis soient la partie qui doive être tenue pour responsable ici.
Pendant 23 ans, les États-Unis ont fourni aux Kurdes suffisamment d'occasions, d'efforts, d'argent et de puissance pour qu'ils puissent créer un État. Cependant, le fait que les Kurdes n'aient pas voulu agir par eux-mêmes, qu'ils aient constamment eu peur de leurs colonisateurs, qu'ils aient évalué les propositions qui leur étaient faites en consultant encore une fois ces mêmes colonisateurs et qu'ils aient agi selon cette logique constitue l'une des causes fondamentales de la situation qu'ils vivent aujourd'hui.
Pendant la guerre contre l'Iran, alors que les maisons des dirigeants du Kurdistan étaient bombardées par l'Iran et ses milices, les États-Unis, qui bombardaient l'Iran depuis l'autre côté de l'océan et armaient les Kurdes depuis des années, ont constaté que ceux-ci n'avaient pris aucune initiative malgré tous les investissements réalisés en leur faveur. Trump fait aujourd'hui payer aux Kurdes le prix de cela, comme il l'avait déclaré à l'époque.
Ma crainte est que, dans un avenir proche, les efforts des États occupants pour rester au pouvoir dans leur politique intérieure conduisent une nouvelle fois à des tentatives visant à terroriser les Kurdes et à les soumettre à un nouveau massacre. Car l'histoire nous en montre, sans exception, de nombreux exemples.
Du point de vue des Kurdes, croire aujourd'hui que les administrations turques, arabes et persanes leur accorderont un jour un traitement humain constitue une erreur aussi grave que l'a été, à mes yeux, le fait de se placer contre Israël et les États-Unis.
Il est impossible de comprendre pourquoi les Kurdes, alors qu'il est évident qu'au cours de l'histoire ils n'ont rien obtenu en se tenant aux côtés de ceux qui les ont tués, exploités, assimilés et détruits, préfèrent aujourd'hui, malgré toutes les possibilités dont ils disposent, se placer aux côtés de leurs occupants plutôt que de poursuivre l'indépendance du Kurdistan. À mes yeux, cela ne peut être concilié ni avec la raison, ni avec une conscience nationale, ni avec une quelconque logique.
Si, dans un avenir proche, les États-Unis parviennent également à un accord avec l'Iran, les Kurdes d'Iran pourraient de nouveau être confrontés à une oppression croissante de la part du régime iranien. Car chaque fois que l'Iran se sent menacé, il ne voudra pas revivre la possibilité d'un soulèvement des forces kurdes, qu'il considère comme un point faible à l'intérieur du pays. Pour cette raison, il pourrait adopter une attitude encore plus agressive et destructrice qu'auparavant afin d'empêcher les Kurdes de constituer une force.
Autrement dit, de la même manière que le Kurdistan a été divisé entre les États colonialistes il y a cent ans, voire davantage, et que les Kurdes qui avaient refusé à l'époque les propositions britanniques ont passé un siècle entier entre massacres, exploitation et assimilation, aujourd'hui encore, en refusant les propositions des États-Unis, ils ont une nouvelle fois livré les cent prochaines années de leur avenir à leurs colonisateurs.
Pour ma part, je dis ceci : souhaitons que la guerre contre l'Iran s'intensifie. Souhaitons que l'autorité irakienne soit ébranlée. Souhaitons que Golani commette une erreur envers Israël. Souhaitons que les Kurdes s'éloignent rapidement de la ligne d'Öcalan.
Sinon, le Kurdistan restera exposé pendant encore cent ans à l'exploitation, au pillage, aux génocides et à l'assimilation.
