Lorsqu’une personne ne se trouve pas dans la géographie où elle est née, cette question lui est toujours posée par ceux qui sont là où elle se trouve ou par ceux qui sont restés derrière : vas-tu revenir ? Parfois cela fait réfléchir, parfois cela met en colère, parfois cela enthousiasme la personne. Cela dépend entièrement de ce que tu as vécu dans l’endroit que tu as laissé derrière toi et de la raison pour laquelle tu es parti. Si tu as été chassé, tu ne reviens pas. Si tu as été ignoré, tu ne reviens pas. Si tu as été méprisé et marginalisé, tu ne veux pas revenir à l’endroit d’où tu viens. Tu veux même fuir, ou tu as peur d’être obligé d’y retourner, parce qu’à l’intérieur de ces frontières, le sentiment de liberté disparaîtra, et tu te sentiras prisonnier.

  Si tu n’as vécu rien de tout cela, alors tu as vu l’injustice. Ton droit a été mangé, tes opportunités ont été émoussées, on t’a empêché de faire ce que tu voulais, on n’a pas voulu que tu sois heureux. Pour revenir, tu as besoin d’un espoir. Si tu vois cet espoir, tu reviens à l’endroit d’où tu viens. S’il n’y a pas d’espoir, tu veux encore faire pousser l’espoir, dans la douleur, dans une autre géographie, dans un lieu où la langue, la culture et les standards sont différents. Tu attends douloureusement l’espoir. Peut-être qu’un jour tu reviendras, mais tu ne peux pas le savoir.

  Si tout était bon, beau, confortable, libre et précieux, et que tu es parti, alors ni l’endroit où tu es allé ni le fait d’entrer dans ce sujet n’ont de sens. Toi, tu reviendras déjà.

  Alors, lesquels sommes-nous ? Ceux qui sont ignorés ? Ceux qui y ont été obligés ? Ceux qui sont heureux ?

  Ce que l’on appelle patrie est entièrement lié à ce que tu as vécu là-bas, à ce que tu as laissé derrière toi, au nombre de souvenirs heureux et au nombre de vérités douloureuses que tu as accumulés pendant le temps que tu y as passé. Quant à moi, je n’ai pas de patrie. Je veux que chaque endroit où je vais devienne une patrie ; je veux que le monde soit une patrie pour tous. Les frontières, les langues, les croyances donnent toutes les conditions nécessaires pour qu’une personne ne soit pas heureuse. Toi, en revanche, plus tu franchis les frontières, plus tu accumules des bonheurs.

  Donc, que tu l’appelles patrie, pays natal, exil ou terre du retour, ce n’est rien d’autre que l’endroit d’où tu regardes, ce que tu vois et ce dont tu te souviens.

Et la patrie n’est pas l’endroit où l’on verse du sang dessus, mais l’endroit où l’on répand des roses !