Amedspor, qui connaît actuellement une ascension dans la République de Turquie, est le club de football le plus connu et le plus puissant du Kurdistan et, jusqu’à aujourd’hui, il a également été le club le plus connu et le plus controversé.

  Ceux qui connaissent Amedspor savent très bien qu’il n’a été puissant qu’au Kurdistan et que, jusqu’à présent, il a toujours perdu face aux équipes de football appartenant à l’État turc ou n’a même pas été en mesure de les affronter. Il est également clair et évident qu’aucun des joueurs d’Amedspor ne possède un parcours professionnel particulièrement ancien ou brillant.

  Alors pourquoi Amedspor est-il aujourd’hui devenu capable de battre même les équipes les plus puissantes de l’État turc ?

  La raison n’est pas le football. Ce n’est pas parce qu’Amedspor produit un football particulièrement remarquable. Il ne s’agit pas non plus de matchs truqués ou de corruption. La seule raison est que la politique exige que les choses se passent ainsi.

  Pour que le peuple kurde ne possède pas le Kurdistan, pour qu’il renonce au Kurdistan et l’oublie, et pour qu’il puisse être totalement intégré à la structure sociale de l’État turc, l’équipe la plus kurde parmi les équipes kurdes — portant même un nom kurde — doit progresser dans la ligue turque, être mise en avant et permettre au peuple kurde de ressentir le sentiment de victoire.

  L’ingénierie sociale consiste à dire « Regarde, un oiseau passe » à une personne à qui vous prenez quelque chose ou dont vous volez quelque chose dans la poche. Pendant qu’elle lève la tête et regarde l’endroit que vous lui montrez, vous prenez ce que vous voulez et obtenez ce que vous recherchez. Pour que cela ne fonctionne pas, la personne en face doit avoir atteint un niveau lui permettant de comprendre votre intention.

  L’équivalent social de cette situation consiste à retirer à un peuple sa langue, sa culture, son passé et sa lutte/son objectif, tout en lui donnant parallèlement un certain bénéfice provenant de la société dans laquelle on cherche à l’intégrer.

  Il existe tellement de racistes et de fascistes génétiques vivant sous l’État turc que l’État turc sait qu’en leur présence, il ne peut même pas proposer une quelconque liberté à l’autre partie. Et puisque toute la raison d’être de l’État turc repose sur l’élimination des Kurdes, plutôt que de leur accorder des droits, il lui suffit aujourd’hui de leur donner un pouvoir destiné à les endormir, à les faire taire et à les intégrer dans le système social de l’État turc.

  Cela suffit aux Kurdes qui ignorent leur propre histoire et leur propre culture, mais pas à ceux d’entre nous qui savent ce qui se passe !

  Si vous vous en souvenez, lors de l’ascension de l’AKP, ils avaient également attiré les classes populaires de leur côté. D’un côté, ils enrichissaient les propriétaires d’entreprises et s’emparaient des biens du peuple au profit de leur propre camp politique ; de l’autre, ils permettaient aux équipes locales des divisions inférieures de remporter des victoires dans les divisions supérieures et obtenaient ainsi des millions de soutiens.

  Ce qui se passe aujourd’hui est exactement la même chose.

  Alors que l’équation DEM–Öcalan–PKK livre les Kurdes à l’AKP et à l’État turc, l’image d’un Amedspor remportant des victoires a également été mise en œuvre par l’AKP afin d’endormir et d’occuper le peuple.

  Au fond, ce qui se passe n’est pas une réussite footballistique.

  C’est un théâtre politique au service de la disparition des Kurdes !

  Et n’oubliez pas : une équipe de football kurde connaît le succès non pas lorsqu’elle participe au championnat du pays qui la colonise, mais lorsqu’elle joue dans la Ligue nationale du Kurdistan et participe à la Ligue des champions au nom du Kurdistan !